camp de concentration ManzanarManzanar est connu comme étant l’un des plus importants camps de concentration américains. En effet, durant la Seconde Guerre mondiale (entre 1942 et 1945), celui-ci a accueilli plus de 11 000 Américains d’origine japonaise. Malgré le fait que cet emprisonnement ait pu être douloureux pour de nombreux américano-japonais, le gouvernement ne voulait pas prendre le risque que ces citoyens puissent révéler des secrets de guerre à la nation ennemie, dont leurs ancêtres faisaient partis.

Manzanar, ville située au cœur de la Californie

Le camp de concentration Manzanar a été construit au pied de la Sierra Nevada, dans la vallée d’Owens. Ainsi, il se trouve à environ 370 km de Los Angeles. Devenu aujourd’hui un lieu historique national concernant l’incarcération, ce camp se trouve être l’un des mieux conservé des Etats-Unis.

En effet, il est important de noter que bien avant l’arrivée des premiers incarcérés en 1942, Manzanar était le lieu de vie des Amérindiens. C’est en 1910 que la ville prit ainsi officiellement ce nom. Cependant, celle-ci fut désertée en 1929 à cause des soucis de distribution d’eau potable (à cette époque, Los Angeles détenait pratiquement tous les droits de l’eau sur la région).

«Manzanar était un endroit très agréable et il était plaisant d’y vivre pendant ces années là, avec ses vergers de pêchers, de poiriers et de pommiers, ses champs de luzerne, ses allées bordées d’arbres, ses prairies et ses champs de maïs», raconte Martha Mills, habitante de Manzanar de 1916 à 1920.

Camp de concentration et incarcération

La terminologie de Manzanar a souvent été sujet de débat. S’agit-il d’un camp de concentration ? D’une base militaire ? D’une ville ou encore d’une simple zone sécurisée ? Ce n’est que dans les années 90, bien après la fin de la guerre, que l’expression « camp de concentration » fut officiellement utilisée. En effet, malgré le fait que les camps de concentration Américains se distinguaient clairement de ceux de l’Allemagne nazie (la torture n’y était pas pratiquée, ni les exécutions) les citoyens emprisonnés n’y étaient pas à cause des crimes qu’ils avaient commis, mais bien parce qu’ils avaient des origines japonaises.

Ce sont bien 120 000 personnes d’origine japonaise et de nationalité américaine qui furent donc isolés et surveillés par une présence militaire constante. Pas de crime, pas de procès, pas de condamnations ; il ne s’agissait ni plus ni moins que de prisonniers politiques. Une décision rude et arbitraire afin de parer à toute éventualité de trahison.

Cependant, le gouvernement américain n’a jamais officiellement utilisé le terme de « camp de concentration », préférant les expressions comme « évacuation » ou « relocalisation ». De ce fait, les sites comme Manzanar étaient désignés comme étant des « centres de réinstallation » destinés à isoler la population américano-japonaise dans le but de la protéger. Un masque intentionnel pour préserver une image politique positive.

Evidemment, dans la mesure où il s’agissait là d’un acte allant directement contre les principes de la constitution des Etats-Unis, ces euphémismes continuèrent à être utilisés dans le but d’adoucir la réalité. Même s’il est vrai que les Japonais d’origine américaine n’ont pas subit le même traitement que les juifs incarcérés en Allemagne nazie (qui pratiquait alors une politique de génocide), on parle tout de même d’une incarcération inconstitutionnelle forcée des citoyens américains japonais.

Ironiquement, nous sommes tout de même en droit de souligner que le gouvernement allemand désignait également ses propres camps de concentration comme étant des « camps de détention protecteurs », des « centre de rassemblement » ou encore des « centres de réinstallation ».

camp de concentration Manzanar

Déclaration de guerre et création du camp de Manzanar

Après l’attaque de Pearl Harbor du 7 décembre 1941, le gouvernement des États-Unis a rapidement entrepris de résoudre le «problème japonais» le long de la côte ouest. Dans la mesure où de nombreux citoyens américains s’inquiétaient des potentielles activités criminelles des habitants d’origine japonaise, le gouvernement de Californie a expressément demandé une intervention rapide et radicale.

Ainsi, le président Franklin D. Roosevelt a signé l’ordre exécutif autorisant le ministre de la guerre à établir des zones militaires et à en exclure toute personne douteuse. L’ordre autorisait également la construction des «centres de réinstallation» pour héberger les citoyens exclus. Cet ordre a entraîné la réinstallation forcée de plus de 120 000 Américains d’origine japonaise, dont les deux tiers étaient des citoyens américains d’origine.

Le centre de réception d’Owens est officiellement devenu le «centre de relocalisation de Manzanar», dont les premiers incarcérés étaient des volontaires ayant participé à la construction du camp.

À la mi-avril 1942, jusqu’à 1 000 Américains d’origine japonaise arrivaient chaque jour et, en juillet, la population du camp approchait les 10 000 habitants.

Aménagement et installations du camp de Manzanar

La vie à l’intérieur du camp n’était pas toujours facile. En effet, chaque famille ne possédait d’un appartement de 6 mètres par 7,5 mètres. Destinés à empêcher toute forme d’intimité, ces appartements n’étaient construits qu’à partir de simples cloisons sans plafond. De plus, les latrines du camp se trouvaient être communes, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. “Une des choses les plus difficiles à endurer était les latrines communes, sans cloisons, et les douches sans cabines”, a déclaré Rosie Kakuuchi, une ancienne incarcérée de Manzanar.

Chaque bloc résidentiel comportait également un réfectoire commun, une buanderie, une salle de loisirs, une salle de repassage et un réservoir de stockage de mazout.

Dans l’idée de proposer un camp qui soit relativement proche de ce que l’on pourrait qualifier de « village », Manzanar possédait également des logements dédiés au personnel, des bureaux administratifs, deux entrepôts, un garage, un hôpital, des installations scolaires, un auditorium, des églises, un bureau de poste, des magasins ainsi que de nombreuses autres petites commodités.

La vie à l’intérieur du camp

En plus d’un manque certain d’intimité, les incarcérés se sont retrouvé à devoir supporter des conditions de vie primitives, bien différentes du foyer auquel ils ont été arrachés. En effet, tout étant mis en commun, les périodes d’attente pour recevoir à manger ou simplement pour pouvoir utiliser les latrines pouvaient aisément monter à plus d’une heure.

A noter que l’ensemble des camps mis en place par le gouvernement devaient être auto-suffisant. Ainsi, on pouvait y trouver des commerces, une distribution quotidienne de journaux, mais également des cultures (légumes, fruits) et des élevages d’animaux comme des poulets ou des porcs. Les repas étant très souvent basés sur les besoins militaires, les incarcérés se contentaient de riz et de légumes chauds (la sauce devait également être produite en interne). Il a fallu attendre jusqu’à avril 1944 pour que le camp puisse produire suffisamment de viande pour améliorer le régime des « prisonniers ».

Manzanar devant fonctionner en totale indépendance, les travailleurs y étaient engagés et donc payés. Divisés en trois catégories d’employés, les travailleurs non qualifiés gagnaient 8 dollars par mois, les semi-qualifiés 12 dollars par mois et les travailleurs qualifiés pouvaient toucher jusqu’à 19 dollars par mois selon leur niveau de compétence. En plus des salaires, chaque incarcéré recevait environ 3,60 dollars par mois pour les frais vestimentaires.

Pour le divertissement, la population était autorisée à pratiquer certains sports, comme le football, le Baseball ou encore les arts martiaux.

camp de concentration Manzanar

Fermeture du camp de Manzanar

Le camp ayant officiellement été fermé le 21 novembre 1945, le calvaire des anciens incarcérés ne s’arrêtait pas là. En effet, devant subir une seconde expulsion, ceux-ci furent contraints se débrouiller seuls pour trouver un nouveau foyer. Evidemment, ceux qui n’avaient nulle part ou aller ou qui refusaient de quitter tout ce qu’ils avaient construits furent le plus souvent enlevés de force. Comme compensation, le gouvernement donnait 25 dollars à chaque personne ainsi qu’un billet de train ou de bus.

Entre 1942 et 1945, 146 incarcérés perdirent la vie à l’intérieur du camp. Le cimetière de Manzanar comprend un monument sur lequel trône l’inscription « 慰 霊 塔 » (“Soul Consoling Tower”). Aujourd’hui, le monument est souvent drapé de cordes d’origami.

Aujourd’hui, seuls quelques vestiges du camp peuvent encore être aperçus. Les deux postes de garde, le monument du cimetière ainsi que l’ancien auditorium du lycée Manzanar. De plus, le site conserve de nombreuses fondations de bâtiments, qu’il s’agisse de ceux érigés par les incarcérés ou bien ceux datant de la construction de la ville, dans les années 1910.

Depuis la disparition des derniers incarcérés en 1945, plusieurs personnes ont œuvré à la protection de Manzanar et à son établissement en tant que lieu historique national. L’objectif étant que l’histoire du site ainsi que les histoires de ceux qui y ont été injustement incarcérés soient rappelées aux générations futures.

Manzanar dans la culture populaire

  • Un film pour la télévision, Farewell to Manzanar, a été réalisé par John Korty et diffusé le 11 mars 1976 sur NBC. Ce film se base sur le livre mémoire Farewell to Manzanar de 1973, écrit par Jeanne Wakatsuki Houston, qui a été incarcérée dans le camp.
  • Le film « Come See The Paradise », sorti en 1990 et réalisé par Alan Parker, propose une vision précise de la réinstallation forcée et de l’emprisonnement à Manzanar d’une famille américano-japonaise de Los Angeles.
  • Le roman Snow Falling on Cedars de David Guterson, primé en 1994, contient de nombreuses scènes concernant les Américains d’origine japonaise et leurs expériences d’incarcération à Manzanar.
  • Dans le film « The Karate Kid », sorti en 1984, Daniel lit la lettre qui informe Miyagi de la mort de sa femme et de son fils dans le camp de réinstallation de Manzanar.